l'ÉDITO

 

Suite à la séquence électorale que nous venons de vivre et qui consacre une large majorité à Emmanuel Macron et son mouvement "La République en Marche", la CGT Educ’action s’inquiète des menaces qui pèsent sur la voie professionnelle du lycée et l’avenir des PLP.

L’apprentissage comme seul horizon !

Le programme de notre nouveau président de la République pour la voie professionnelle c’est tout pour l’apprentissage. Attribution de toute la taxe d’apprentissage aux formations en apprentissage, et développement de ce mode de formation sont les deux points annoncés dans son programme pour la voie pro. Rien sur le retour à un parcours de formation en 4 ans, rien sur les passerelles nécessaires entre les filières et entre le baccalauréat professionnel et le supérieur. L’apprentissage est une voie de formation professionnelle qui ne peut remplacer la formation initiale sous statut scolaire qui forme tous les jeunes et préserve un cadre scolaire d’enseignement professionnel. Cette perspective est préoccupante.

La nomination inquiétante de JM Blanquer…

Jean-Michel Blanquer n’est pas inconnu dans le monde de l’Éducation puisque son dernier passage rue de Grenelle correspond aux ravages de la politique libérale mise en place par N. Sarkozy et L. Chatel.  Sa nomination indique que les volontés du président de la République sont bien celles de libéraliser l’Éducation, de casser son caractère national, de fragiliser le statut des personnels, de déréglementer le système actuel et de mettre à mal l’enseignement professionnel. Il présente dans son ouvrage comme un scénario optimal, le transfert des lycées professionnels aux régions au motif que la formation professionnelle doit être ancrée dans les besoins économiques locaux au contact direct des pôles de compétitivité, qui sont aujourd'hui définis régionalement. Ce serait pour lui "mettre la voie professionnelle scolaire en accord avec tous les autres enjeux régionaux d'insertion professionnelle". 

La CGT Educ’action agit contre la menace d’un transfert de la voie pro du lycée aux régions

Dès le mois d’avril la CGT Educ’action s’est inscrite dans le cadre d’une expression unitaire contre cette menace de sortie, vous trouverez ici le communiqué intersyndical CGT Educ’action, CGT Agri, CGT-SNPAM, SNALC, SE UNSA,  SEA-UNSA, SNEIP-CGT, SNEP-FSU, SNUEP-FSU, SNETAP-FSU, SUD éducation, SUD rural et le syndicat lycéen UNL. Vous trouverez également ici le 4 pages de notre fédération « La voie professionnelle du lycée doit rester dans l’Education nationale. Le transfert des PLP vers les Régions n’est cependant pas l’option la plus probable même si elle reste possible. Les premières grandes décisions du Ministre donnent la tonalité de son action: dérégulation massive et autonomie accrue pour les chefs d'établissement. Les campus des métiers et des qualifications, dont le nombre va croissant, combinent ces deux leviers !

La CGT Educ’action s’oppose au tout apprentissage et à la sortie de la voie professionnelle du lycée de l’Education nationale. Ce projet est une menace pour le statut des PLP mais c’est aussi la remise en cause d’un projet de société : celui de l’élévation du niveau de diplôme et d'un contenu de formation de qualité pour toute la jeunesse. La CGT Educ’action porte un projet émancipateur capable de former le travailleur et le citoyen à l’opposé du projet rétrograde annoncé. Nous serons aux côtés des personnels pour défendre la voie professionnelle du lycée sous statut scolaire et dans l’Education nationale.

 

Les sujets d’examen soumis aux élèves cette année sont révélateurs du climat idéologique dans lequel nous baignons. Adieu esprit critique et réflexions complexes, vantons l’apprentissage et les interventions militaires françaises ! Deux exemples pour une même démarche : imposer un cadre de pensée unique.

Bac pro secteur production : un sujet d’éco-gestion à la gloire de l’apprentissage !

Le ministère ne prend désormais aucune précaution pour faire l’éloge de l’apprentissage. Sa volonté de répondre favorablement au diktat du patronat va jusqu'à utiliser les arguments de ce dernier jusque dans les sujets d'examen. En effet, le sujet d'éco-gestion du bac professionnel secteur production de cette session a de quoi surprendre.

La seconde partie propose au candidat de traiter un sujet choisi parmi trois propositions. Le sujet C consistait à expliquer l’intérêt de poursuivre des études en contrat d’apprentissage. A travers des indications très orientées, l'élève est amené en finalité à expliquer le choix du mode de poursuite d'études qu'il a fait. En appui du sujet, des tableaux et des graphiques extraits de magazines comme le Figaro ou le Monde qui illustrent de façon très partisane, la situation de l’apprentissage en France ne laissant aucun doute sur le parti pris du document. Excepté un schéma sur les secteurs touchés par la baisse de l’alternance, les autres présentent l'apprentissage sous des formes dithyrambiques : un schéma sur les salaires des apprentis, un autre sur les entreprises qui embauchent des apprentis… Cette présentation agrémentée de données chiffrées très contestables (sur le nombre d’embauches par exemple) est inacceptable.

Par ailleurs, l'ensemble des sources documentaires à l'appui des différents sujets reflètent également un choix très partisan. Des extraits du FIGARO dont chacun connait l'orientation politique sont utilisés à plusieurs reprises. 

De toute évidence, le Ministère ne se prive pas d'utiliser même les sujets d'examen pour distiller une pensée dominante auprès des élèves que ce soit par le choix du sujet comme de celui des documents à l'appui de la réflexion. Il participe à l'affaiblissement de la voie professionnelle sous statut scolaire et démontre ainsi que l'acte éducatif est bien un acte politique, ici au service du capitalisme.

La CGT Educ’action ne peut accepter cette promotion de l'apprentissage et la diffusion d'une telle propagande, en toute impunité.  Elle continue d'agir pour que l'Education permette l'accès à l'émancipation intellectuelle et à la culture pour tous.

Brevet des collèges : une épreuve d’Education Morale et Civique (EMC) au garde à vous !

Alors que «L’objectif de l’EMC est d’associer dans un même mouvement la formation du futur citoyen et la formation  de  sa  raison  critique. [...]», les candidats au Brevet 2017 n’avaient d’autre choix que de glorifier le rôle de l’armée française à partir d’un document qui relate l’intervention de militaires après des intempéries... «Vous avez été choisi(e) pour représenter la France au prochain sommet de l’Union européenne.  Vous  êtes  chargé(e)  de  réaliser  une  note  pour  présenter  une  mission  des militaires français sur le territoire national ou à l’étranger. Montrez en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne.»

Au moment où la  France,  engagée  dans  des  guerres  dont  on  ne  parle  que  bien  peu, voilà que l’on exige des élèves de troisième de dresser un portrait obligatoirement flatteur d’une institution que chaque citoyen doit être en droit de remettre en cause. La  façon  dont  est posé  le  sujet  ainsi  que  le  document  proposé  ne  laisse  que  peu  de  place  à  la  «raison critique».

La  Cgt  a toujours milité  pour  la  paix  entre  les  peuples  et  réaffirmé son  exigence  de  voir  cesser  au  plus vite toutes les interventions militaires dans le monde, à commencer par celles engagées par la France.

 

Tout au long de cette année scolaire, la CGT Educ'action s'est rendue dans les académies pour y rencontrer les collègues de la voie professionnelle.

Ces journées ont été l'occasion de débattre des problématiques de cette voie du lycée tant sur les conditions de travail que sur les questions en lien avec la régionalisation et la réforme de la formation professionnelle.

Les échanges ont mis en évidence les inquiétudes des collègues confrontés à l'autonomie des établissements, aux conséquences des réformes dans l'Education et à une nette dégradation de leurs conditions de travail. Ils ont aussi été l'occasion de faire le point sur la décentralisation et la politique du tout apprentissage qui nuisent fortement au développement de la voie professionnelle sous statut scolaire pour garantir la réussite de l'ensemble des jeunes engagés dans cette voie.

Conscient que cette problématique dépasse largement le cadre de la seule CGT Educ'action, Philippe Martinez a tenu à participer le 21 avril à la journée consacrée à l’enseignement professionnel et aux enjeux de la certification.

Organisée par la FERC et la CGT Educ’action à Nanterre (92), dans le cadre des journées de formation qui se  déroulent dans toutes les académies, la présence du secrétaire général dans l’Académie de Versailles était là pour rappeler à tous les syndiqué-e-s de la CGT, à l’ensemble des salarié-es que la défense de la reconnaissance de la qualification professionnelle concernait l’ensemble du salariat. Le lien avec la lutte menée par notre confédération contre la loi travail était évident : défendre les conventions collectives et défendre la qualité des formations et des qualifications qui y sont reconnues procèdent d’une même logique. La présence de militant-e-s de l’inter-pro a permis d’alimenter cette réflexion avec les PLP qui travaillent dans l’enseignement professionnel sous statut scolaire comme avec les camarades qui travaillent dans les autres organismes de formation. Le journal confédéral Ensemble a rendu compte de cette initiative en rappelant que ces questions seraient toujours au cœur des préoccupations syndicales dans la période qui s’ouvre après les élections.

Lucie Tanguy est directrice de recherche honoraire au CNRS et s’intéresse depuis longtemps aux questions de l’enseignement professionnel en France et en Europe. Son dernier ouvrage, paru en mars 2016, examine en quatre chapitres des questions essentielles à notre réflexion syndicale. Comment "l’esprit d’entreprise" est aujourd’hui véhiculé à l’Ecole dans le cadre de partenariats et entrepreneuriats ? Assiste-t-on à une inversion du modèle de formation professionnelle avec le retour en force de l’apprentissage en entreprise ? Décentralisation et renforcement des pouvoirs régionaux : les effets d’une même politique. Définition et mise en œuvre de la doctrine européenne.

À n’en pas douter une lecture très intéressante en 2017, au vu des enjeux politiques de la majorité présidentielle.

 

 
 

Le Front national n’accèdera pas à la Présidence de la République, c’est une victoire pour la démocratie. La CGT a œuvré à faire barrage à l’extrême droite, c’est le sens de notre engagement historique.


Malgré tout, le score réalisé par le FN est à la hauteur de la désespérance sociale, elle-même la conséquence des renoncements successifs des différents gouvernements à œuvrer véritablement pour la justice sociale. Combattre le Front national, c’est avant tout rompre avec les politiques libérales.


C’est dans cette optique que la CGT œuvrera, par la mobilisation sociale, pour imposer d’autres choix, agir pour le progrès social et un monde de paix.


Dès aujourd’hui, la CGT Éduc’action combattra les reculs sociaux qui font le terreau de l’extrême-droite.


 

Patrick Désiré, Secrétaire général de la CGT Éduc’action

 

L’école selon Macron : Autonomie, individualisation et libéralisme…

 

 

 

Chez M. Macron, l’individualisation et l’autonomie sont à l’éducation ce que « l’ubérisation » est à l’économie.

 

Évidemment, la question des effectifs par classe, en dehors des CP et CE1 REP, n’est nullement  abordée. Chaque élève est renvoyé-e à ses difficultés qui vont miraculeusement disparaitre grâce à l’accompagnement éducatif et aux études dirigées que Macron veut instaurer dans chaque établissement, encadrée par des enseignant-es et des bénévoles (étudiant-es et retraité-es dans une « grande mobilisation intergénérationnelle »). « Tous les étudiants de France » seront ainsi heureux d’apprendre qu’ « il y aura un trimestre dédié à cette activité », un trimestre de travail gratuit donc.

 

De même, selon M. Macron, « Le lycée doit préparer aussi bien à une insertion professionnelle rapide et réussie qu’à la poursuite d’études supérieures »… Visiblement, le lycée n’a plus vocation à permettre l’émancipation des élèves. Ne doutons pas que le président de l’ubérisation de la société, lorsqu’il parle d’insertion professionnelle, ne parle pas de qualifications protectrices qui permettront de passer aisément d’un emploi à l’autre.

 

Il parle, comme ses amis du MEDEF, de faire des salarié-es « employables » c’est-à-dire ajusté-es à une tâche professionnelle et donc dépendant-es complètement des emplois auxquels on les destine. Ainsi, non seulement il n’y a aucune remise en question de la réforme des lycées, mais ces propositions l’aggravent !

 

La lutte contre l’échec scolaire reste l’alibi principal d’une politique toujours plus libérale pour l’Education. Dans les collèges, « une part d’autonomie de recrutement sera laissée pour les établissements de l’éducation prioritaire ». « L’autonomie des établissements s’accompagnera de diagnostics réguliers et si besoin de mesures d’accompagnement spécifiques » : il s’agit bien de ce  que la CGT Éducation dénonce de longue date : des contrats d’objectifs qui amèneront à la contractualisation des moyens.

 

En échange de cette part d’autonomie, de cette caporalisation qui ira grandissante, les chef-fes d’établissements et leurs équipes feront l’objet, « d’une responsabilisation accrue et d’une évaluation plus régulière ».

 

Enfin, si le programme sur l’éducation du candidat pointait à de nombreuses reprises les inégalités sociales et scolaires dont les élèves souffrent, il n’est jamais fait mention de l’enseignement privé… On l’aura compris la LIBERTE est le mot d’ordre, pour l’égalité on attendra !

 

Pour faire barrage à une école plus inégalitaire, c’est dès maintenant qu’il faut
construire la mobilisation.

 

 Un nouveau ministre inquiétant !

 

En tant que directeur de l’enseignement scolaire ou directeur de cabinet adjoint, Jean-Michel Blanquer était en responsabilité lors des pires réformes Darcos et Chatel (lycées, évaluations en primaire…).

 

Dans un livre programme sorti en janvier 2017, « L’Ecole de demain », 4 grands axes développés semblent avoir fortement inspiré le candidat Macron :

  • Renforcer les pouvoirs des chef-fes d’établissement et des directeur-trices d’école, sur le recrutement des enseignant-es notamment
  • Autonomie des établissements (c’est-à-dire des chef-fes d’établissement) qui auront une grande liberté dans la ventilation des horaires entre les disciplines.
  • Retour aux fondamentaux (le français et les mathématiques). 20h sur 26h de cours en primaire ; 10h au minimum dans le secondaire.
  • Individualisation des parcours : création d’un collège commun où les élèves seront réuni-es en groupe de compétences et où les plus faibles seront orienté-es de manière précoce dans l’enseignement professionnel.
  • Régionalisation intégrale de l’enseignement professionnel.
  • Evaluation des enseignant-es à travers celles des élèves.
  • Publication d’un classement des écoles à partir des résultats aux évaluations annuelles sur le modèle de celui des lycées et des collèges.
  • Annualisation du temps de service des enseignant-es

Reste à savoir dans quelle mesure le nouveau ministre mettra en œuvre son « école de demain »…

 

 L’apprentissage « en marche » forcée

La « révolution » promise par Macron n’est donc que la continuation en pire des mêmes politiques, « et de droite et de gauche », suivie depuis plusieurs années : faire de l’apprentissage la réponse magique à l’échec scolaire et au chômage des jeunes. Peu importe que les plans précédents n’aient permis ni l’un ni l’autre et que les entreprises ne souhaitent manifestement pas embaucher des apprenti-es en pré bac. Il s’agit d’imposer une vision libérale de la formation professionnelle en la privatisant et en menaçant le statut des PLP.

 

Ecole élémentaire : les poncifs et la surcharge des classes

 

Comme d’habitude, on ressort le laïus sur les fondamentaux « lire, écrire compter » sans qu’on comprenne bien ce que cela implique réellement en termes de programmes et de pédagogie.

 

Le noble objectif de diviser par deux les effectifs de CP et CE1 en REP et REP+, avec 12 000 postes en plus, cache en fait le redéploiement de 6 000 à 10 000 postes : donc la montée des effectifs par classe partout ailleurs !

 

Moins de fonctionnaires et un statut attaqué

 

 

« 120 000 fonctionnaires en moins mais un service public renforcé ». Comme depuis 10 ans, le but est donc de faire mieux avec moins ce qui impliquera, dans les faits, une baisse des services rendus aux usagers et une détérioration des conditions de travail des person-nels. Pour cela, la recette managériale habituelle : auto-nomie des chef-fes de services, individualisation des carrières et des salaires. Bref, la concurrence entre les personnels et la division.

 

 En Marche !... Pour le collège et le lycée de la mise en concurrence

 

Au menu de M. Macron :

  • Plus d’autonomie (des chef-fes) d’établissements avec évaluation tous les 3 ans, d’où une accentuation des inégalités, la mise en concurrence accrue des établissements et pression accrue sur les collègues !
  • Appel à des bénévoles ou étudiant-es pour l’accompagnement des élèves, comme si aucune qualification n’était nécessaire ! 
  • Pas de remise en cause de la réforme du collège si ce n’est pour réinstaurer les parcours bi langues en 6ème et les parcours européens.
  • Dans les collèges de l’éducation prioritaire, « une part d’autonomie de recrutement sera laissée pour les établissements ».
  • Un bac « modernisé » (4 épreuves en contrôle final et le reste en contrôle continu), ce qui contribuera aux 'inégalités entre établissements.
  • Une insertion professionnelle des jeunes résumée à une adaptation aux besoins de l’entreprise.
 

Sommaire :

L’école selon Macron : Autonomie, individualisation et libéralisme…

Un nouveau ministre inquiétant !

L’apprentissage « en marche » forcée

Ecole élémentaire : les poncifs et la surcharge des classes

Moins de fonctionnaires et un statut attaqué

En Marche !... Pour le collège et le lycée de la mise en concurrence